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[Business Fiction] Episode 1 : les employés de Nokia au sein de Microsoft

L’annonce du rachat de la division devices & services de Nokia par Microsoft a maintenant deux mois. Plusieurs compléments d’information ont été publiés depuis et les détails de l’accord deviennent plus clairs. Et même si il peut encore y avoir des surprises lors du vote par les actionnaires, il est aujourd’hui possible de se risquer à un exercice de “business fiction” et d’imaginer l’avenir de ce rachat. C’est ce que je vous propose dans cette nouvelle série d’articles.

Aujourd’hui je vous propose d’explorer comment les équipes de Nokia pourraient s’intégrer à celles de Microsoft. Le sujet étant très complexe, vous me pardonnerez j’espère la longueur de cet article.

Les faits

La division Devices & Services de Nokia comporte :

La division Devices & Services de Nokia possède aussi des usines. Ces usines de Nokia sont de deux types : assemblage et customisation. Les usines d’assemblage sont celles qui réalisent les téléphones proprement dits, tandis que les usines de customisation sont en charge de les flasher avec des ROM locales (ex: Vodafone en Allemagne, Swisscom en Suisse), et de les mettre en boite avec leur chargeur, écouteurs, et manuels. Cette structure permet à Nokia de simplifier la chaine d’approvisionnement et de la rendre plus efficace localement (les usines de customisation permettent de répondre plus rapidement aux demandes locales, ce qui ne perturbe pas le flux de production des usines d’assemblage). Cette organisation permet aussi de pouvoir faire appel à des sous-traitants occasionnels pour l’assemblage en cas de saturation des usines, sans avoir à transmettre les ROM à ces sous-traitants (sécurité augmentée).

Les employés de la division Devices & Services sont de plusieurs types :

Il y a de plus des employés de cette division rattachés au “Chief Technology Office”, c’est à dire aux centres de recherche avancé de Nokia : ces employés resteront membres de Nokia, et ne seront pas transférés à Microsoft ; à la place, ils deviendront membres de la nouvelle division “Advanced Technologies”, qui vise à développer des technologies disruptives dans les domaines de l’imagerie, de la compression vidéo et audio, des transmissions radios ou encore des matériaux innovants.

Dans une lettre adressée aux employés de Microsoft en septembre, Steve Ballmer a aussi donné d’importantes précisions sur la façon dont les employés de Nokia seront intégrés dans les équipes de MSFT :

Je souhaite rajouter ici un fait supplémentaire, important pour mieux comprendre ce qui pourrait arriver : dans toute son histoire, Microsoft n’a ordonné qu’un seul plan social d’envergure, en 2009, touchant plus de 5000 employés. Depuis, MS a de temps en temps fait des plus petits plan sociaux locaux, comme en 2012 dans leur service marketing (ce plan social, annoncé en juillet,  et qui devait toucher 200 personnes en France, fût finalement annulé en décembre).

Business Fiction

Alors ? Que pourrait-on imaginer pour les employés de Nokia dans l’année à venir ?

Support, Ventes, Marketing

Il parait assez clair que peu ou presque devrait changer pour beaucoup d’employés des départements marketing, ventes et distributions, ainsi que les services généraux et IT.

On peut facilement imaginer que dans un an, les produits Xbox et Surface seront suivis par les équipes du Nokia Care qui aura englobé celles déjà existantes de Microsoft, mais qui ne sont que présentes en ligne.

En ce qui concerne la vente, on peut facilement imaginer que les relations avec les opérateurs seront renforcées, ou en tout cas gardées en l’état. Cela devrait surtout aider la distribution de la Surface, qui est encore peu présente sur les étals de nos magasins, et distribuée dans peu de pays. Ici, peu d’avantage à envisager pour les équipes de feu Nokia, mais pas de point particulièrement négatif non plus.

Enfin, en ce qui concerne le marketing, on a tous à un moment ou un autre reconnu le manque de cohérence des différentes approches de communication et de marketing de Nokia et Microsoft depuis le début de leur alliance. L’association des équipes des deux entreprises devrait enfin permettre une politique marketing avec un vrai budget conséquent, et une direction claire. La gestion des relations avec les développeurs, centralisée, permettra aussi d’éviter des actions concurrentes telles que les conférences ou les concours.

Développement et production

On touche ici à la partie la plus délicate à évaluer.

Les faits à ce niveau étant plus flous, il est plus difficile de prévoir l’avenir de ces employés, les plus nombreux (plus de 18 000 rien que pour la production, soit 56%). C’est là qu’il faut faire intervenir  la “culture d’entreprise” de Microsoft qui dans ce cas peut avoir des tendances contradictoires :  MS a toujours sous-traité la fabrication de ses produits (Xbox chez Flextronics ou Foxconn, Surface chez Pegatron, les souris chez KYE Systems, etc …) ; par contre, MS est reconnu comme un très bon employeur, qui garde ses employés sur le long terme et licencie très rarement. Cela veut dire que dans un premier temps MS devrait garder tous les nouveau employés Nokia.

Voici ma vision de ce qui devrait arriver (pure spéculation, mais qui s’appuie sur les faits exposés plus haut) :

Pour les centres de développement, durant la première année, MS ne devrait rien changer pour permettre de développer les premier produits 100% MS sans accrocs. En particulier les employés en Finlande développeront les prochains Nokia, Asha et Lumia dans leurs anciens locaux Nokia, avec leurs managers Nokia (et sans doute quelques rajouts d’employés MS) ; de plus, les employés Microsoft en Finlande seront déplacés dans les bureaux de Nokia Devices & Services, et leurs bureaux actuels vendus. Au delà de un an, MS lancera un plan de rationalisation des équipes, en particulier pour soutenir la fusion des services Nokia avec ceux de MS.  Certains employés seront invité à rejoindre les équipes de MS (par exemple Xbox music à Paris), et donc de déménager. Cette réorganisation pourrait amener à des départs volontaires des finlandais les moins enclins à quitter leur pays.

Pour ce qui est des centres de production, même si la culture MSFT est plutôt la sous-traitance, il ne faut pas oublier qu’en achetant Nokia, l’entreprise de Seattle hérite d’un savoir faire en terme de production unique au monde. Nokia est encore considéré aujourd’hui comme un des leadeurs de la gestion de la production, surtout en terme de maîtrise des coûts. Selon moi, il faut dans cette analyse séparer les usines de production de “dumbphones” et celles de smartphones. En effet, les usines de Nokia actuelles produisent les téléphones Classic et Asha en très grand volume, et donc avec un bon contrôle des coûts ; par contre la production de smartphones, bien qu’en hausse constante, reste faible et donc chère ; on peut imaginer que Nokia n’atteindra pas les niveaux de production de 2010 (époque où les usines étaient saturées donc peu chères) avant encore deux ans. Voici donc comment je vois leur avenir :

Et l’usine du Viet Nam ? Elle produit des Asha pour l’instant et nécessite des coûts élevés de “rétrofitage” pour lui permettre de produire des Lumia. Etant donné que cette usine n’a pas été payée par MS, et que sa valeur comptable est faible, je pense que MSFT n’aura pas plus de remords à la fermer que Nokia il y a deux ans pour l’usine de Salo. La fermeture d’usines neuves est une triste réalité récurrente des entreprises industrielles en transition 🙁

Conclusion

Si je devais résumer ce (trop) long article, je dirais :

Tout ceci bien sûr n’est que pure spéculation de ma part. Nul ne sait ce qui se passe dans la tête du comité de direction de Microsoft aujourd’hui. Nul ne sait même qui le conseil d’administration de cette entreprise choisira pour remplacer leur PDG actuel et quelle sera sa vision pour la division Devices & Services. Beaucoup de choses peuvent encore se passer d’ici février 2014, date prévue pour la finalisation du rachat. Nous verrons bien.

Et vous, croyez-vous à cette busines fiction ? Avez-vous d’autres théories ? Pensez-vous que Microsoft va savoir gérer cet apport soudain de 32 000 salariés Nokia venant de plus de 60 pays ?

Merci de rester courtois dans vos commentaires, nous sommes entre gens de bonne compagnie ici.

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